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« Revue Agone »

 
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Agone 22
« État, démocratie et marché »

Parution : 01/09/1999

ISBN : 2910846164

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224 pages (15 x 21) 14.50 €
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Agone n° 22 - pdf (828 Ko)

Pourquoi le capitalisme ne peut-il tolérer un fonctionnement authentiquement démocratique du politique ? Simplement parce qu’un individu ne peut être pleinement souverain sur le plan politique et aliéner sa souveraineté économique. Parce que, libéré de la diffusion massive des images à contempler et des gadgets à consommer, il pourrait se mettre à fuir l’ennui, la laideur et la malfaisance de la société industrielle. Puis, lassé de l’indifférence et de la passivité où le plonge le divertissement spectaculaire, trouver dans la sensibilité et la participation à la chose publique une meilleure façon d’exister.

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Sommaire

Éditorial. Capitalisme & démocratie

On joue mieux avec un ballon gonflé, François-Xavier Verschave
Il s’agit de faire servir l’État – plutôt qu’il ne se serve –, de l’obliger, un peu contre sa nature, à produire du service public, plutôt qu’à généraliser le « self-service public »… Vaste programme, vaste enjeu politique. L’État n’a que sa triste raison et de conscience que celle de ses citoyens. À encenser le rôle de l’État, à lui abandonner le soin du développement humain, on n’encourage pas à cultiver une large « société civile », capable de résister aux illusions célestes… En réalité, la communication entre gouvernants et gouvernés relève d’une poésie, ou d’une pneumatique, qui restent largement à inventer.

Droit de détresse & appropriation sociale, Daniel Bensaïd
La défense des principes du service public, la question du « bien commun » et les débats sur la protection sociale et les fonds de pension impliquent un élargissement de l’espace public au lieu de sa privatisation. Oui, les banques, les assurances doivent être des leviers de politiques publiques. Oui, les compagnies des eaux, de l’énergie, des transports, des communications doivent être socialisées pour garantir par la péréquation tarifaire un service de qualité égale à prix égal pour toutes et tous – et pour conduire une politique de développement durable. Oui, la subordination de l’économie à la citoyenneté, de l’intérêt privé à l’intérêt général, des profits aux besoins collectifs implique toujours une démocratie participative d’en bas, du contrôle populaire et de l’autogestion.

Ni capitalisme, ni collectivisme. Recension de The Road to Serfdom de F. A. Hayek & de The Mirror of the Past de I. R. Zilliacus, George Orwell
La confrontation de ces deux ouvrages résume bien la situation dramatique où nous nous trouvons à présent. Le capitalisme conduit à des files d’attente devant les bureaux d’assistance publique, à la lutte acharnée pour les marchés et à la guerre. Le collectivisme conduit aux camps de concentration, au culte du chef et à la guerre. Il n’y a pas d’issue à ce dilemme, à moins qu’on ne parvienne à combiner une économie planifiée avec la liberté de pensée.

L’avenir de l’illusion capitaliste. D’un mensonge « déconcertant » à l’autre (II), Michel Barrillon
Il est possible que le capitalisme s’écroule sous le coup, non de ses contradictions internes, mais de sa trop grande réussite ; qu’il meure d’« une grande solitude de l’esprit » (Seattle), du désenchantement qu’il nourrit, de sa nécrophilie (Fromm), de sa haine de la vie dans son exubérance spontanée et dans « les plaisirs [gratuits] de la rencontre, de l’amour, de l’amitié, de l’art, du savoir, de la création, de la tendresse » (Vaneigem). S’il doit disparaître, qu’il en soit ainsi ! Cependant, si l’on veut éviter que son implosion ne précipite l’humanité dans des expériences sociales et politiques non moins catastrophiques, il faut impérativement faire renaître un mouvement autonome radical, porteur d’une utopie émancipatrice réactualisée – radical parce que l’histoire montre que le système capitaliste est capable de phagocyter tous les projets qui ne le mettent pas en cause dans ses fondements.

Sauver le capitalisme ou se sauver du capitalisme ? En finir avec le mythe du productivisme, Jacques Luzi
Le discernement de Keynes, en tant que penseur bourgeois, fut une exception. Les hommes ne mourront pas toujours calmement, prévenait-il, craignant que la « détresse » conduise le « peuple de l’ abîme » (Jack London) à «écraser la civilisation » capitaliste… Dans sa grande majorité, la bourgeoisie, incapable de rester maître de son avidité et de sa vanité, ne s’est pas montrée aussi savante et clairvoyante que Keynes l’aurait souhaité. « Le dirigisme a de tout temps suscité une vive opposition » de la part de « l’idéologie du laisser-faire », alors même que « la politique du gouvernement [restait] conforme aux intérêts du capital. » Il en est toujours de même. Il n’y a aucune raison pour que cela cesse… Dans les conflits, la position ultra-libérale est d’une clarté exemplaire : « Non seulement la liberté n’a rien à voir avec une quelconque égalité – prévient Hayek –, mais elle est susceptible de produire inévitablement plusieurs formes d’inégalité. »

Difficile légitimation d’États en perte de vitesse, Jean-Philippe Melchior
Le désarroi des habitants est à la mesure de l’impuissance des élus locaux. Même lorsqu’ils se disent libéraux, ceux-ci attendent de l’État une aide immédiate pour gérer le coût social des licenciements. Tandis qu’ils n’espèrent que dans l’État pour initier une politique capable de favoriser la création d’emplois. Nous voici revenus à la case départ. Peut-on attendre de l’État une politique volontaire dans les domaines économique et social au moment où il renonce, à la faveur de l’intégration européenne, à l’essentiel de ses prérogatives ?

L’esprit antidémocratique des fondateurs de la « démocratie » moderne, Francis Dupuis-Déri
Se réclamant de la « démocratie » – sans toutefois donner plus de pouvoir au démos –, les représentants de nos systèmes politiques n’ont pas seulement piégé le peuple qu’ils prétendaient servir, c’est la langue elle-même qu’ils ont trahie : comment désormais mettre à jour l’anti-démocratisme des discours, des pratiques, des systèmes et des hommes politiques rangés sous l’étiquette de « démocrates » ? Le glissement de sens qu’a connu le mot « démocratie » constitue sans doute le principal coup de maître de la propagande politique moderne.

Élection, tirage au sort & démocratie. À propos des Principes du gouvernement représentatif de Bernard Manin, Alain Arnaud
La question n’est pas seulement de démontrer le caractère nécessairement inégalitaire de l’élection mais de savoir jusqu’à quel degré un système de désignation des représentants pourrait être égalitaire tout en restant compatible avec une société dont le fonctionnement est structuré par l’inégalité. La sphère politique ne se laisse donc pas dissocier des structures sociales et du contexte historique. Il est troublant qu’on ne trouve rien chez Manin sur l’influence de l’individualisme de la société marchande ou de la mondialisation sur le rapport du citoyen à la représentation de la communauté politique. Le sentiment de crise n’est-il pas présent là encore lorsque l’individu ne perçoit plus l’État comme instance exclusive et suprême de gouvernance ?

Mondialisation de la « tolérance zéro », Loïc Wacquant
«À New York, nous savons où est l’ennemi », déclarait William Bratton, le nouveau Chef de la police de New York… En l’occurrence : les « squeegee men », ces sans-abri qui accostent les automobilistes aux feux pour leur proposer de laver leur pare-brise contre menue monnaie, (Giuliani avait fait d’eux le symbole honni du déclin social et moral de la ville lors de sa campagne électorale victorieuse de 1993, et la presse populaire les assimile ouvertement à de la vermine : « squeegee pests »), les petits revendeurs de drogue, les prostituées, les mendiants, les vagabonds et les graffiteurs. Bref, le sous-prolétariat que cible en priorité la politique de « tolérance zéro » dont l’objectif affiché est de rétablir la « qualité de la vie » des New-Yorkais qui savent, eux, se comporter en public, c’est-à-dire des classes moyennes et supérieures, celles qui votent encore.

L’École du Capitalisme total, Jean-Claude Michéa
Le mouvement qui, depuis trente ans, transforme l’École dans un sens toujours identique, peut maintenant être saisi dans sa triste vérité historique. Sous la double invocation d’une « démocratisation de l’enseignement » (ici un mensonge absolu) et de la « nécessaire adaptation au monde moderne » (ici une demi-vérité), ce qui se met effectivement en place à travers toutes ces réformes également mauvaises, c’est l’École du Capitalisme total, c’est-à-dire l’une des bases logistiques décisives à partir desquelles les plus grandes firmes transnationales – une fois achevé, dans ses grandes lignes, le processus de leur restructuration – pourront conduire avec toute l’efficacité voulue la guerre économique mondiale du XXI e siècle

Libéralisme & démocratie : frères ennemis, Immanuel Wallerstein
Quelles relations entretiennent libéraux et démocrates. Les premiers mettent en avant la défense de la compétence. Les autres, l’urgente priorité du combat contre l’exclusion. On souhaiterait pouvoir dire : pourquoi pas les deux à la fois ? Parce qu’il n’est pas facile de mener les deux objectifs de front. La compétence, par définition, sous-entend l’exclusion. Car s’il y a compétence, il y a incompétence. L’intégration impose que chacun ait le même poids dans la vie collective. Au niveau gouvernemental comme dans la prise de décision politique, les deux objectifs entrent presque toujours, en conflit. C’est alors que les frères deviennent ennemis.

FICTIONS & DICTIONS

La Mort du héros, Andreas Latzko
(Traduit de l’allemand par M. Wachendorff & H.F. Blanc)
Tous les mystères de la guerre, toutes les questions qu’il ruminait depuis des mois s’éclaircirent soudain : on rendait leurs têtes à ces hommes au moment de mourir. « Bientôt mort ? Très bien, tenez, voici votre tête. » Là-bas, à l’arrière, on démontait leurs têtes pour les remplacer par des disques jouant la marche de Rákóczy, on les empilait dans des trains et, comme le malheureux Meltzar, comme lui-même, comme tous, ils arrivaient au front la tête ailleurs…

Communication à l’Académie des sciences, Jovica Acin
(Traduit du serbo-croate par Mireille Robin)
Les Balkans n’ont pas existé ; ils ont été inventés pour que les hommes préhistoriques prennent conscience du caractère chaotique de leur existence. Les Balkans étaient comme une formule magique qui leur permettait de se remémorer leur passé, passé que nous ne devons pas forcément, Messieurs les académiciens, considérer comme ayant existé. Ils se souvenaient donc de leur passé et, grâce à des procédés magiques, littéraires, artistiques, préfiguraient l’avenir qu’ils allaient perdre. Si les Balkans étaient obligatoirement le sujet de toute création, ils n’étaient pas pour autant celui de l’histoire de la création.

Wladek, récit de Galicie, Andrzej Stasiuk
Au cours de la distribution des âmes, il y eut certainement une erreur ; le corps de Wladek, modelé avec la glaise de ce sol, hérita d’un esprit aérien, bien trop éthéré pour s’accorder à la pesanteur. De ses propres membres, du sommeil, de l’écoulement du temps, du poids de la glèbe pierreuse. Le rythme séculaire, qui poussait ses voisins au printemps dans les campagnes, en été dans les prés, et en automne dans les champs de pommes de terre, l’effleurait à peine. Wladek, plutôt brave homme et buveur raisonnable, avait au village une mauvaise situation et il était sûrement celui qui gagnait le moins d’argent. Il tentait de combler son manque de force par l’ingéniosité.

MARGINALIA

« La violence n’est pas dans mes paroles mais dans les faits…». Lettre à La Révolution prolétarienne (1927), Boris Souvarine. Avant-propos de Charles Jacquier

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